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Marquis de Pesay
Noms,
situation et détails des vallées de la France le
long des
grandes Alpes dans le Dauphiné et la Provence et de celles
qui
descendent des Alpes en Italie depuis la Savoye jusqu'à
celle de
Saint-Etienne au comté de Nice.
Extrait des campagnes du maréchal
de Maillebois par le marq. de Pesay.
Seconde édition.
Description de l'exemplaire (Voir : Notes sur la description des ouvrages)
| Turin, Gaétan Orgeas et fils, 1794, in-12 (131r x 82r mm), 171 pp. |
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Notes sur l'exemplaire
Pleine basane fauve racinée,
dos lisse orné de filets dorées et de fleurons,
pièce de titre rouge.
Inscription manuscrite sur le dernier contre-plat : Devaines
fils.
Notes sur l'ouvrage
Description des vallées du
Haut-Dauphiné et du Piémont, du point de vue
militaire.
L'auteur s'attache à décrire tous les
itinéraires
possible d'un point à un autre entre les
différentes
vallées, avec les distances exprimées en lieues
ou en
heures de marche. Pour chacune des routes décrites, il donne
le
type de passage : à pied, à cheval, en voiture,
ou
précise si on peut y faire passer des canons et les
difficultés liées à la neige. La
description,
organisée par vallées, s'attache surtout
à
identifier tous les cols qui permettent de passer d'une
vallée
à l'autre, depuis les plus connus, comme le
Mont-Genèvre,
jusqu'au moindre petit col qui offre la possibilité d'une
traversée plus rapide. La vision de la montagne est donc
essentiellement orientée sur les vallées, les
rivières et les cols. Les sommets sont quasiment absents.
Pour
le Haut-Dauphiné, il cite le Mont-Viso. Dans la partie
consacrée à la vallée de
Saint-Christophe en
Dauphiné (aujourd'hui Saint-Christophe-en-Oisans), il cite
exceptionnellement de nombreux sommets : la montagne d'Ourcine (les
Ecrins), le grand Pelvoux, l'Aiguille du midi (La Meije), la montagne
de La Muande, la pointe haute du Grand glacier (le Rateau ?), la
montagne de Dourronoure (Tête de Lauranoure), mont Massivier
(Pic
du Vaccivier). L'orthographe des noms de lieux est proche de celle
d'aujourd'hui. Avec une carte, on retrouve très facilement
les
lieux cités. Cela est particulièrement vrai pour
les noms
de rivières. Il y a quelques imprécisions ou
différences pour les noms de cols, mais la grande
majorité se retrouve identique à ceux
d'aujourd'hui.
Quelques exceptions sont à noter comme Hizoire, pour Izoard,
Grenou, pour Granon, etc. De même, la localisation des cols a
peu
varié depuis cette description. Cela est d'autant plus
notable
que les noms de sommets, en revanche, correspondent
à des
localisations souvent imprécises. La montagne d'Ourcine
paraît se confondre avec la montagne des Agneaux actuelle. Le
grand Pelvoux semble englober jusqu'à l'Ailefroide. Cette
constatation nous rappelle que la montagne n'était alors
connue,
nommée et pratiquée que lorsqu'il fallait la
traverser,
d'où l'importance de décrire parfaitement les
vallées et les cols.
L'ouvrage contient :
- Titre (p. 1). Pas de faux titre. Hormis l'adresse de
l'éditeur, cette page est identique à celle de la
première édition, avec la même vignette.
- Un avertissement de l'auteur (pp. 3-4). Cet ouvrage s'adresse aux
officiers qui veulent connaître ces vallées. Il
pourrait
être accompagné de cartes, mais cela ne s'est pas
fait. En
le reliant, on peut y inclure des feuilles blanches pour y "admettre
les notes, ou les desseins qu'on voudroit y crayonner." C'est donc un
ouvrage essentiellement à but utile. Notons qu'il existe de
nombreux exemplaires interfoliés avec des pages blanches.
- Alpes
(pp. 5-12) qui est une
description rapide des Alpes et des principaux passages depuis le
comté de Nice jusqu'à la Savoie. C'est une sorte
d'introduction au reste de l'ouvrage, mais seules quelques
vallées sont particulièrement
détaillées.
- Vallées de
Graisivaudan (p. 13)
- Description des vallées du Haut-Dauphiné (pp.
14-74) :
Briançonnais avec toutes ses vallées, la
Vallouise avec
quelques descriptions du massif des Ecrins, la vallée de
Freissinières, le Queyras, qui est
particulièrement
développé comme vallée
frontière (pp.
43-74). Parmi les passages intéressants, on peut noter :
Le
passage du col du Lautaret en
hiver (pp. 22-24) : le damage de la neige ("durriner"), les perches
pour montrer le chemin, l'usage des raquettes, etc.
Vallée de Saint Christophe
en Dauphiné (pp. 39-42), qui donne un aperçu de
la
topographie de l'intérieur du massif des Ecrins telle
qu'elle
était connue à cette époque.
- Vallée de
Barcelonnette
(pp. 74-95), aujourd'hui appelée vallée de
l'Ubaye, avec
en particulier une description des cols qui débouchent sur
le
Dauphiné.
- Observations
générales sur cette partie de la
frontière, depuis Briançon jusqu'au Mont-Dauphin
(pp. 96-102)
- Vallée de
Maurienne
(pp. 102-103). Comme pour le Graisivaudan, la part qui lui est
consacrée est bien inférieure à
l'importance que
ces vallées ont dans la topographie alpine. L'ouvrage est
bien
centré sur les vallées du
Haut-Dauphiné et de
l'Ubaye et sur les vallées du Piémont qui leur
correspondent, objet des chapitres suivants.
- Description des vallées du Piémont (pp.
103-171) : les
vallée d'Aoste, de Cezanne, d'Oulx, de Suze, de Pragelas,
etc.,
les vallées vaudoises, la vallée de Sture "la
dernière à l'ouest et au midi de cette province"
et pour
finir, la vallée de Saint-Etienne de Tinée. Parmi
les
passages intéressants, on peut noter la description du
passage
du Mont-Genèvre, à une époque
où l'absence
de route ne permettait pas d'y faire passer les voitures (pp. 120-122).
Cet ouvrage est extrait de : Histoire
des campagnes du Maréchal de Maillebois en Italie en 1745 et
1746, par le marquis de Pezay, Paris, Imprimerie
royale, 1775, 3 volumes in-4° et un atlas.
La première édition de cet ouvrage a
été publiée en 1793 :
Turin, Frères Reycends et François Prato, 1793,
in-12, 86 pp. (on trouve aussi des descriptions avec 171 pp.).
Une édition contemporaine a été
imprimée
à Grenoble (l'adresse reste à préciser
sur la base
d'un exemplaire) :
Grenoble, Vve Giroud et fils, 20 germinal An II (9/4/1794), in-12,
[3]-82 pp.
Une nouvelle édition en a été
donnée par Henry Duhamel dans la Bibliothèque Alpine
Militaire :
Description des
vallées des
Grandes Alpes, Dauphiné, Provence, Italie, avec index des
appellations anciennes et modernes des cols et passages
Grenoble, Xavier Drevet, 1894, in-8°, [4]-104 pp.
Elle donne un glossaire des appellations modernes des cols et passages avec, en regard,
les appellations utilisées par Pezay.
Il existe aussi une édition italienne :
Geografia delle Alpi e
confini
limitrofi del Piemonte e della Francia, ossia Nomi, situazione e
particolarità delle valli di Francia lungo le grandi Alpi,
nel
Delfinato e nella Provenza, e di quelle che discendono dalle Alpi in
Italia, dalla Savoja sino a quella di S. Stefano nel contado di Nizza.
Estratto delle ¸Campagne del maresciallo di Maillebois, del
marchese di Pesay
Torino, presso F. Prato , (s. d.), in-12, 143 p.
L'étude de base sur l'exploration et la description de la
frontière du sud-est est la Notice historique sur
les travaux de topographie relatifs aux Alpes Franco-italiennes,
d'Albert Rochas d'Aiglun, en introduction à sa publication
du
mémoire de Montannel sur la topographie militaire de la
frontière des Alpes (Grenoble, 1875).
L'ingénieur-géographe La Blottière
(1673-1739) a
dressé la carte des vallées du
Haut-Dauphiné et du
Piémont dans les années 1707-1713, carte
restée
manuscrite qui était accompagnée d'un
mémoire
descriptif. Selon Rochas, c'est ce mémoire qui a ensuite
été repris de façon "presque
littérale et
sans nom d'auteur" par le marquis Pezay dans sa publication des campagnes du
maréchal de Maillebois. Seules quelques informations
supplémentaires ont été
apportées sur les
vallées décrites (pp. XI-XIV).
Henri Beraldi a consacré un article sur le rôle de
Pezay dans la description des Alpes dauphinoise : Pezay et Villaret, 1775,
paru dans La Montagne,
8e
année, n° 1, janvier 1912, pp. 1-33. L'article est
très défavorable au personnage. En
résumé,
l'histoire de cette publication est la suivante.
Pour couronner sa carrière littéraire et
militaire, le marquis de Pezay donne son nom et quelques pages
à l'Histoire
des campagnes du Maréchal de Maillebois en Italie en 1745 et
1746,
Paris, Imprimerie royale, 1775, 3 volumes in-4° et un atlas de
48
plans, gravés par Delahaye. Cet ouvrage est un recueil des
ordres du maréchal, suivi d'un récit de cette
guerre par
Buonamici en latin, avec sa traduction. L'ouvrage est
complété d'une description, sous forme de
dictionnaire
géographique, des vallées des Alpes du
Dauphiné et
de la Provence, et de celles qui descendent sur l'Italie, de la Savoie
jusqu'à Nice. Selon H. Beraldi, ce dictionnaire
est
l'œuvre de Jean Villaret (1703 - ap. 1778), du corps des
ingénieurs géographes militaires et auteur de la Carte du
Haut-Dauphiné
de Bourcet. Villaret aurait mis en
ordre les
documents existant au Dépôt de la Guerre, dont le
mémoire de La Blottière. H. Béraldi donne une
rôle plus important à Villaret que A. de Rochas d'Aiglun,
mais ils se rejoignent sur l'importance du travail de La
Blottière qui a servi de base à toutes les descriptions
postérieures. Dans tout cela, que
reste-t-il pour la marquis de Pezay ? Toujours selon Henri Beraldi,
à la demande de Maillebois, fils du maréchal et
amant de
sa sœur, la marquis de Peay a accepté de donner son
nom comme
auteur et de
rédiger quelques textes préliminaires :
préface,
dédicace, etc. Le dictionnaire a été
réédité en 1793 sous le titre : Noms,
situation et détails des vallées de la France le
long des
grandes Alpes dans le Dauphiné et la Provence et de celles
qui
descendent des Alpes en Italie depuis la Savoye jusqu'à
celle de
Saint-Etienne au comté de Nice. Extrait des campagnes du
maréchal de Maillebois par le marquis de Pesay.
Il a
ainsi laissé son nom à la
postérité sur un
des premiers ouvrages de topographie du Haut-Dauphiné. Henri
Berladi n'admet pas cette appropriation indue. Il conclut (p. 27) :
"Que faire donc désormais pour Pezay, par rapport aux Alpes
du
Dauphiné où il n'a jamais mis les pieds ? -
Prendre la
plume, le biffer. Et n'en plus parler."
Dans son ouvrage Au
Pays des Alpins,
Henry Duhamel consacre quelques lignes à cet ouvrage (pp.
7-8).
Il reprend les informations fournies par A. de Rochas d'Aiglun sur l'origine
et la contribution de La Blottière. Il ajoute que la
réédition de Grenoble, du 20 germinal an II a
été faite sur ordre du
général en chef de
l'armée des Alpes, Alexandre Dumas, "pour l'usage des
officiers
et soldats employés à l'armée des
Alpes".
Cet ouvrage est cité plusieurs fois dans : Les grandes Alpes dans la
cartographie. 1482-1885,
L. et G. Aliprandi, 2005. Ils replacent cet ouvrage dans l'ensemble des
écrits à but militaire qui tentent de donner un
description précise des frontières entre la France et le
Piémont. Ils notent que Pesay donne "une
importance particulière aux cols de la région du
Mont-Viso", ce qui est le point de vue italien de ma remarque sur le
développement particulièrement important de la
description du Queyras. La page de titre de la première
édition est reproduite p. 177.
Le libraire Gaétan Orgeas semble avoir
été actif
à Turin dans la deuxième moitié du
XVIIIe
siècle, parfois en association avec Guibert. Ce sont des libraires d'origine briançonnaise. Le fils
mentionné est probablement Dominique Orgeas, libraire
à
Turin dans les années 1805-1820, dates extrêmes
des
ouvrages qu'il a publiés.
L'ouvrage a été imprimé à
Turin par Soffietti, comme la première édition.
Commentaire personnel
Un des premiers ouvrages qui décrit le Briançonais et le massif de Ecrins, avec une des premières mentions écrites (si ce n'est la première) des Ecrins (Ourcine) et de la Meije (Aiguille du Midi). Cet ouvrage, peu connu, mérite de figurer dans toutes les bibliothèques de qui s'intéresse au Haute-Dauphiné et au massif des Ecrins. C'est un incunable de la description du massif ! Il y a 200 ans, le massif es Ecrins était peut-être moins connu que de nombreuses autres régions du monde. Il est le complément indispensable de la Carte du Haut-Dauphiné, de Bourcet, publiée en 1758.
Références (Voir : Liste des sources et références)
Notice biographique de Alexandre-Frédéric-Jacques
Masson, marquis de Pezay
Sur François de la Blottière, probable auteur de
cette description, voir http://www.cehd.sga.defense.gouv.fr/IMG/pdf/cahier25_T2.pdf
Pour la première
édition de Turin :
Perrin : 659
Perret : 3402
Maignien (Catalogue) : 15423, avec 170 p.
SdB : 885 (8 f.)
Maignien (Révolution) : 2197 : "Petite ouvrage à
l'usage
des officiers de l'armée des Alpes, très
intéressant par son exactitude.".
BNF : 8-LK1-14
Pour cette seconde édition :
SdB : 886 (4 f.).
BNF et CCFr : absent